L'abbaye Saint-Quentin

 
 

Au milieu du XIème siècle, l'Eglise connaît un véritable renouveau avec l'élection de Grégoire VII au trône de Saint-Pierre.

Affirmant la primauté du spirituel sur le temporel, Grégoire VII s'oppose à l'Empereur Henri IV (Saint-Empire Romain Germanique), qu'il excommunie par deux fois, sur la question des investitures en affirmant que seul le Pape peut nommer les évêques. Il engage par ailleurs une profonde réforme de l'Eglise. Il lutte notamment contre le relâchement des murs et pour un retour à la méditation comme source de spiritualité.
A cette époque, la ville de Beauvais est riche de monuments religieux anciens.L'abbaye Saint-Lucien a plusieurs siècles d'existence, Notre-Dame de la Basse-oeuvre est cathédrale depuis au moins cent ans et l'église Saint-Michel, construite sur des remparts gallo-romains, date d'au moins 871.

Beauvais autrefois

C'est en 1064 que Guy, moine de Saint-Quentin en Vermandois, est nommé évêque de Beauvais. A l'exemple du Pape Grégoire VII, Guy entreprend de réformer un clergé trop attaché aux choses de ce monde. Il décide donc de fonder une abbaye de chanoines qui, sous la règle de Saint-Augustin, devront être des exemples de piété. Néammoins, les religieux ne seront pas cloîtrés et pourront vivre dans le siècle.
L'évêché possède un vaste terrain entre Saint-Just-des-Marais et Saint-Lucien. C'est là que Guy choisit d'élever l'abbaye. Pour subvenir aux besoins des religieux et leur permettre de pratiquer l'aumône, l'abbaye de Saint-Quentin est dotée de terres et de prébendes sans compter les droits de son moulin. Ce domaine ne cessera de s'étendre grâce aux faveurs royales prodiguées en récompense d'une fidélité sans faille à la monarchie.
Edifiée, selon la tradition, en deux ans, l'abbaye est achevée en 1069.
Entre temps, Guy a choisi pour la diriger, un jeune chanoine de Nesle, Yves. Celui-ci a effectué ses études à la prestigieuse abbaye du Bec Hellouin.
Enfant du Beauvaisis, Yves s'attache à faire de l'abbaye Saint-Quentin un haut lieu de la théologie et de la culture médiévale. Nommé en 1091 évêque de Chartres, Yves laisse à ses successeurs un centre spirituel célèbre en Europe.Les siècles suivants apportent leur lot de malheurs.

Charles le Téméraire

En 1346, le monastère est ravagé par un incendie mais l'église est sauve.

Jeanne Hachette

En 1472, lors du siège de Beauvais par Charles le Téméraire au cours duquel s'illustra Jeanne Hachette, l'abbaye est pillée et le clocher de l'église abattu. Les Guerres de Religion n'épargnent pas Saint-Quentin qui est occupée à plusieurs reprises par des troupes. En 1633 au moment de la réforme des Ordres quand Saint-Quentin passe à la Congrégation de France, l'abbaye ne compte plus que 15 chanoines.
Ce déclin connaît son paroxysme lors de l'incendie de 1681 qui détruit les cuisines et le grand réfectoire. Les chanoines décident alors d'entreprendre de grands travaux de reconstruction. Ces travaux se font au prix de lourds emprunts dont les remboursements s'étalent jusqu'en 1732.
L'histoire de l'abbaye de Saint-Quentin s'achève avec la Révolution.
Après près de 700 ans de règne du pouvoir spirituel, ce remarquable édifice va s'illustrer au service de l'Etat.